10/12/2010

Politique de la santé: experts et autorités sous influence?

L'article constitutionnel demandant la prise en compte des médecines complémentaires a été adopté le 17 mai 2009 par 67% des voix et tous les Cantons. Fin 2010 rien n'a changé et les manoeuvres se multiplient pour ne pas respecter la volonté populaire.
Il faut dire que les assureurs font très fort lorsqu'il s'agit d'influencer la politique de la santé en Suisse: Une majorité des élus membres des commissions parlementaires qui préparent les dossiers fait partie, notamment, de Conseils d'administration d'assureurs. Pour quelques séances par an ils touchent souvent autant que pour leur travail d'élu. Pensez-vous qu'ils gardent toute l'indépendance nécessaire ? Quant aux experts des commissions fédérales la situation n'est pas meilleure.
Mais, objecterez-vous, pourquoi donc les assureurs s'opposent-ils à la prise en compte des médecines complémentaires, souvent précieuses et pas plus chères que la médecine classique ? C'est simple, ils peuvent ainsi offrir, à bon prix, des prestations en supplément à la LAMAL et attirer de nouveaux assurés...
Quant aux reproches faits aux médecines complémentaires, je vous donne juste un exemple de collaboration réussie entre médecine traditionnelle et occidentale : Le paludisme cause dans le monde plus d'un million de morts par an. Mais à partir de 2005, 95% des cas pourraient être traités en trois jours, pour 85 centimes, avec une préparation à base d'artémisine et d'un autre principe actif !
Le médicament résulte d'une collaboration entre Novartis et l'armée chinoise, qui avait cherché une plante pour soigner ses soldats atteints de paludisme en Indochine : L'artémisine est extraite de l'armoise annuelle, pour produire un médicament aux effets reconnus et reproductibles. Seul bémol: les spécialistes craignent que les parasites développent une résistance. Relevons que les Chinois utilisent la plante depuis plus de 2000 ans sans qu'elle ait perdu de son efficacité, car contrairement au médicament « occidental », la composition des plantes varie légèrement suivant les sols et les saisons ! Mais au lieu de reconnaître les avantages de cette « variabilité », nos experts « sous influence » y trouvent un argument pour ne pas reconnaître les médecines complémentaires: elles ne remplissent pas les règles de validation de la médecine officielle.
Cessons d'opposer médecine officielle occidentale et médecines complémentaires! On a besoin des deux!
Il est temps de respecter la volonté populaire et de réintroduire les médecines complémentaires dans les prestations prises en charge par l'assurance de base !

07/12/2010

Le nucléaire n'aime pas les filles – suite du feuilleton

Il y a deux semaines « Sortir du nucléaire » attirait l'attention, en Suisse, sur l'étude Kusmierz-Voigt-Scherb.

Des conséquences graves liées à la  proximité des centrales nucléaires sont mises en évidence: dans un rayon de 35 kilomètres autour des 31 centrales nucléaires suisses et allemandes, le nombre de naissances de fillettes présente, dans les derniers 40 ans, un déficit de 20'000 par rapport aux données attendues !
Les chercheurs constatent le phénomène et s'en inquiètent : les émissions des centrales nucléaires agissent sur la natalité.
Ils sont partis des faits suivants:

  1. Suite aux essais nucléaires il y a déjà eu une baisse des naissances de filles dans le monde entier.
  2. Après l'accident de Tchernobyl on a observé le même phénomène dans les régions d'Europe et d'Asie où il y a eu des retombées radioactives. On évalue le déficit de naissances féminines à 850'000 !
  3. L'étude officielle allemande KIKK a mis en évidence qu'autour de 22 installations nucléaires allemandes il y a une augmentation des cancers et deux fois plus de leucémies enfantines...

Les chercheurs constatent des faits, mais n'ont pas d'explications exhaustives, et ils proposent des études complémentaires.
Le principe de précaution devrait inciter nos autorités à commander ces études, en impliquant des experts indépendants, et à prendre des mesures pour réduire les émissions des centrales nucléaires.

Le lobby nucléaire réplique que le nucléaire ne peut être la cause de cette morbidité autour des centrales, car les normes d'émission ne sont pas dépassées. Ils oublient de dire que dans le passé, pour fixer ces normes, on a admis des émissions 10 à 100 fois plus importantes que celles préconisées par médecins et biologistes. Il fallait tenir compte des impératifs économiques des exploitants !
La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) expliquait, pour justifier ces valeurs-limites, qu’'elles représentent pour la population un risque considérable de dommages génétiques, "Mais elles peuvent être considérées comme supportables et justifiées au regard des avan­tages que l’'on peut attendre de l’'utilisation de l’'énergie nucléaire"...

Des questions ont été posées au Conseil fédéral pour l'inciter à agir.
Malheureusement, dans sa réponse, le Conseil fédéral esquive et tergiverse.
Il affirme qu'il "prend l'étude Kusmierz-Voigt-Scherb au sérieux et suit avec attention les développements scientifiques intervenant dans ce domaine"... mais il ne veut rien entreprendre pour l'instant.
Il prétexte que "l'étude mentionnée, analysant les variations du rapport des sexes à la naissance au voisinage des centrales nucléaires allemandes et suisses, n'a, à ce jour, ni été publiée dans un journal scientifique reconnu, ni été soumise à l'analyse d'autres experts compétents en la matière".
Pourquoi ne prend-il pas au sérieux les affirmations du Professeur Werner Stahel de Zürich, président de la société suisse pour la statistique de 2001 à 2005? Selon ce dernier l'étude est correcte et l'effet mis en évidence, bien que faible, est prouvé.
Le Conseil fédéral déclare que "si les résultats d'études scientifiques devaient attester un lien entre le rayonnement ionisant et la proportion de naissances, il réexaminerait en conséquence la procédure d'autorisation pour les nouvelles centrales nucléaires", mais il refuse de prendre en compte ou de commander des études scientifiques indépendantes !
Pourquoi le Conseil fédéral propose-t-il études et mesures pour protéger la population du radon, dont l'effet létal est de l'ordre de 3 à 4 pour mille, alors qu'il n'entreprend rien dès qu'il s'agit de centrales nucléaires? Et pourtant l'effet sur les foetus féminins est en moyenne de l'ordre de 3,5 pour mille autour des 31 centrales examinées et même de 6,5 pour mille autour de Beznau !

Cet a priori du Conseil fédéral, favorable au nucléaire, qui lui fait oublier le principe de précaution, nous rappelle la question de la fumée passive: pendant des décennies nos autorités ont écouté des scientifiques payés par le lobby du tabac pour minimiser le problème.
Aujourd’hui le Conseil fédéral préfère mener la politique de l'autruche chaque fois que des études mettent en évidence des atteintes à la santé dues au nucléaire.

Réponse du Conseil fédéral:
Burkhalter Didier, conseiller fédéral: L'état actuel de la recherche radiobiologique ne permet pas d'établir un lien entre la radioactivité des centrales nucléaires et l'évolution de la proportion de filles et de garçons à la naissance. Comme le montrent plusieurs études, cette proportion peut être expliquée par différents facteurs, notamment le stress, les médicaments, voire le mode de vie. Le Conseil fédéral prend l'étude allemande évoquée dans la question au sérieux et suit avec attention les développements scientifiques intervenant dans ce domaine. L'étude mentionnée, analysant les variations du rapport des sexes à la naissance au voisinage des centrales nucléaires allemandes et suisses, n'a toutefois, à ce jour, ni été publiée dans un journal scientifique reconnu, ni été soumise à l'analyse d'autres experts compétents en la matière. Ce n'est donc que lorsqu'une évaluation approfondie de cette étude aura été menée que les experts scientifiques de la Confédération pourront se prononcer quant à un éventuel effet prénatal de l'exploitation des centrales nucléaires suisses. Actuellement, le Conseil fédéral n'entend pas mener d'étude complémentaire sur ce sujet. Comme le gouvernement l'a déjà expliqué dans sa réponse à l'interpellation 09.4080, il n'est pas possible de prendre en considération les effets prénataux dans l'étude Canupis, les données disponibles ne le permettant pas. Pour mémoire, Canupis est une étude en cours sur le cancer des enfants vivant à proximité des centrales nucléaires situées en Suisse. Avant toute autre décision, il faut terminer l'étude Canupis et en publier les résultats. En se basant sur les connaissances scientifiques actuelles, le Conseil fédéral estime donc qu'il n'est pas nécessaire de modifier les conditions d'exploitation des centrales nucléaires suisses. Toutefois, si les résultats d'études scientifiques devaient attester un lien entre le rayonnement ionisant et la proportion de naissances, il réexaminerait en conséquence la procédure d'autorisation pour les nouvelles centrales nucléaires.

07/10/2010

Pour une une Caisse publique d'assurance-maladie

Aujourd'hui lancement d'une initiative fédérale pour une Caisse publique d'assurance-maladie par les associations d’assurés et de consommateurs, le PS et les VERTS.

Pour parer aux défauts que le système actuel montre depuis des années, tout en évitant les causes d'échec des précédentes tentatives d'amélioration, l'initiative propose que l’assurance-maladie obligatoire des soins soit mise en oeuvre par une institution nationale unique de droit public, dont les organes seraient composés de représentants de la Confédération, des cantons, des assurés et des fournisseurs de prestation.
Les primes seraient fixées par canton et calculées sur la base des coûts. Des agences cantonales ou inter-cantonales seraient crées et chargées notamment de la fixation des primes, de leur encaissement et du paiement des prestations.

En effet, les mesures annoncées par le Conseil fédéral pour améliorer la surveillance des caisses sont certes encourageantes, mais elles restent un emplâtre sur une jambe bois.
Il faut arrêter les hausses des primes d’assurance-maladie qui frappent année après année les assurés, en particulier les enfants et les jeunes adultes.
Une Caisse publique d'assurance-maladie est indispensable pour résoudre durablement les problèmes.

Sans nier les autres causes, notamment la centralisation insuffisante de la médecine de pointe et le prix des médicaments, sur lequel le Conseil fédéral a enfin décidé d’agir, on doit relever l'influence négative du système actuel sur les coûts :

  • Manque de transparence, séparation insuffisante entre l’assurance de base et les assurances complémentaires.
  • Dépenses publicitaires, chasse aux « bons risques », frais d'acquisition de nouveaux patients.
  • Multiplicité des systèmes de facturation et de contrôle.
  • Multiples Conseils d'administrations.
  • Nécessité de constituer des réserves élevées pour les petites caisses.
  • Subventions croisées indirectes entre filiales d'un même groupe (de différents types et/ou de différents cantons).

Depuis des années, les assurés de certains cantons payent des primes trop élevés et les Caisses-maladie, au lieu de restituer aux assurés les sommes payées en trop, en baissant les primes les années suivantes, transfèrent les réserves excédentaires dans d'autres cantons, pour les besoins de leur politique commerciale, pour masquer des pertes et pour y recruter des « bons risques »...
Les reserves excédentaires voisinent le demi milliard et certaines Caisses-maladie vont « légalement » « dépouiller » leurs assurés. Supra et Assura par exemple veulent délester les Assurés genevois de 165 millions, les Neuchâtelois de 54 millions, les Vaudois de 52 millions... C'est inacceptable !
Primes cantonales, mais réserves communes ? Le système actuel est absurde, et ne récompense pas les efforts de rationalisation de la médecine réalisés dans de nombreux Cantons.

Il est indispensable de créer une Caisse publique d'assurance-maladie pour que dans chaque canton, les autorités, les prestataires de services et les assurés puissent collaborer au maintien d'un système de santé performant, au renforcement des mesures de prévention et à la maîtrise de ses coûts.