18/11/2016

Vrais risques ou sornettes ?

Réponses à Roger pour son frère... et pour d'autres personnes qui hésitent encore à voter OUI à la sortie programmée du nucléaire

Je pourrais simplement dire à tous ceux qui me demandent si les risques brandis pour les inciter à refuser ou à accepter l'initiative sont bien réels :

"La Suisse romande se passe déjà fort bien du nucléaire, mais les faux choix stratégiques pris en Argovie, à Berne et à Zurich, continuent à nous faire courir des risques démesurés..."

Ou plutôt leur poser des questions :

"Que préférez-vous ? Une sortie du nucléaire avec un arrêt planifié et prévisible, favorisant les investissements dans les renouvelables et l'efficacité énergétique, ou le prolongement, à coup de milliards, de la lente agonie des centrales nucléaires, accompagnée de pannes subites mettant en danger notre approvisionnement ?"

ou encore:

"Iriez-vous à Paris avec un vieil avion de plus de 45 ans, repeint à neuf, mais truffé de fissures, sachant qu'il y a un avion sur cent qui s'écrase, ou prendriez vous le TGV ? Il y a une centrale sur cent qui a eu un accident majeur ..."

Mais je vais plutôt essayer, ces prochains jours, de répondre au mieux, sur ce blog, aux questions qui me sont posées :

Risque d'accident grave dans une centrale suisse ? Malheureusement réel !

Les concepteurs des centrales nucléaires affirmaient que le risque d'un accident grave est très faible : de l'ordre de un milliardième par année d'exploitation (rapport WASH-1250). Aujourd'hui des chercheurs, notamment de l'EPFZ et de l'Université de Sussex (A Rethink of Nuclear Risk Assessment 7-2016), remettent en question la méthode utilisée par l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, et, par conséquence, par l'Inspectorat fédéral pour la sécurité nucléaire (IFSN), pour évaluer les dangers de l'atome.
Les faits l'ont montré : les risques sont très élevés, de l'ordre de un millième par année d'exploitation. Sur moins de 500 centrales dans le monde il y a eu 5 accidents gravissimes (Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima 1, 2 et 3) : davantage qu'un pour cent !
Un accident majeur aurait des conséquences catastrophiques dans un pays aussi densément peuplé que la Suisse. Nous n'avons ni un Océan à proximité, où la majeur partie de la radioactivité pourrait se répandre, comme au Japon, ni de vastes forêts, comme autour de Tchernobyl. Le Conseil fédéral a fait distribuer dans un rayon de 50 km autour des centrales des pastilles de iode à prendre en cas d'accident pour empêcher que la thyroïde absorbe du iode radioactif : 5,2 millions de personnes les ont reçues !
La protection civile a évalué les dommages directes et indirects possibles lors d'une catastrophe nucléaire en Suisse à plus de 4000 milliards, avec près d'un million de personnes à évacuer... Irresponsable d'y maintenir en activité plus de 45 ans, des centrales atomiques prévues pour durer 30 ans ! Et pourtant c'est ce que veulent les exploitants, essayant de minimiser les problèmes posés par des corrosions, fissures, inclusions etc.
Ils attaquent même en justice une ordonnance qu'ils estiment donner trop de possibilités d'interventions à l'IFSN.

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Risque de pénurie en 2017 ? Des sornettes pour effrayer les électeurs !

Actuellement il y a une surcapacité électrique considérable en Europe, de quoi produire onze fois plus que les 5 centrales nucléaires suisses ! Près de 100 centrales à gaz sont à l'arrêt forcé car elles produisent de l'électricité à un coût plus élevé que les centrales au charbon. Pourtant elles émettent la moitié moins de CO2, et elles pourraient bien mieux compenser les variations de production du solaire et de l'éolien... Mais les considérations financières priment.
Quant aux lignes pour importer et exporter du courant, elles sont opérationnelles. Annuellement plus de 85 milliards de kilowattheures traversent les frontières suisses, à comparer aux 3 milliards de kWh produits actuellement par Beznau 2 qu'il faudrait probablement importer temporairement en plus. Quant aux transformateurs supplémentaires nécessaires, ils seront opérationnels à Beznau dès mars 2017, donc aucun souci dans la région de Zurich, et à Mühleberg dès 2018. Mais il n'est pas nécessaire de renforcer la ligne Mühleberg-Bassecourt et de l'équiper de transformateurs avant 2025, car un nouveau transformateur a été mis en service à Laufenburg en prévision de l'arrêt de Mühleberg en 2019 !
Mais si vraiment il devait y avoir un risque sérieux de black out dans la région de Berne, le Conseil fédéral saurait sûrement assumer ses responsabilités d'exécutif et prolonger de quelques mois le fonctionnement de la centrale de Mühleberg. Aucun risque de pénurie donc ou de chaos, ni cet hiver à cause de l'arrêt pour de graves problèmes techniques, de Leibstadt et Beznau 1, bien qu'elles produisent normalement presque la moitié du courant nucléaire suisse (46,7%), ni ces prochaines années à cause de l'initiative qui demande l'arrêt en 2017 des 2 plus petites centrales, qui produisaient moins du quart du courant nucléaire suisse (23%) ... (Beznau 1 est déjà hors circuit!)

nucléaire,votation,@sortie-programmée-nucléaire

Risque de devoir importer du courant « sale » produit par des centrales au charbon ou nucléaires ? Vrai ou faux, cela dépend de choix commerciaux !

Beznau 1, à l'arrêt depuis 20 mois, est déjà remplacée par du renouvelable produit en Suisse grâce à la rétribution à prix coûtant (RPC). Une partie au moins des presque 50'000 projets sur les listes d'attente de Swissgrid peuvent être rapidement construits. Et rien n'empêche les électriciens suisses de planifier pour 2017, si nécessaire, l'importation de courant « propre » européen hydraulique, éolien ou solaire, meilleur marché que le courant nucléaire suisse ! Mais Axpo et Alpiq devraient réduire leur

s importations de courant « sale » allemand bon marché qui leur permettent actuellement de revendre plus cher du courant hydraulique suisse...

En conclusion, aucun risque à voter Oui à la sortie programmée du nucléaire d'ici le 27 novembre, que des avantages !

Commentaires

Celui qui débat ne le fait pas pour la vérité, mais pour soutenir une thèse (son bien le plus précieux), par tous les moyens. Schopenhauer a dû écrire quelque chose dans ce style, si ma mémoire est bonne.

Depuis que le débat sur le climat agite les chapelles, on peut comprendre le scepticisme du public sur la crédibilité scientifique de projections à l’espérance mathématique aussi hésitante (niveau des océans, température). Les partisans de ces théories doivent être animés par une foi solide, soutenue par l’assurance que les choses espérées vont se réaliser et par la démonstration de l’existence de celles que l’on ne voit pas.

L’analyse du sociologue Jean-Pierre Le Goff sur le sujet est éclairante : « La catastrophe annoncée de la fin possible de toute vie sur la planète doit permettre d’ouvrir enfin les yeux d’une humanité vivant jusqu’alors dans l’obscurantisme productiviste et consumériste, sous le règne prométhéen de la science et de la technique érigées souvent en entités métaphysiques. Ce n’est plus désormais par le développement des “forces productives“, de la science et de la technique que l’humanité pourra se débarrasser d’un passé tout entier marqué par l’ignorance et les préjugés. L’utopie écologique renverse la perspective en faisant du rapport régénéré à la nature le nouveau principe de la fraternité universelle et de la réconciliation entre les hommes ».

Le mouvement antinucléaire participe à la fois de cette idéologie et d’une sympathie naturelle avec le gauchisme culturel, décrit en ces termes par Le Goff : « La notion de “gauchisme culturel“ désigne non pas un mouvement organisé ou un courant bien structuré, mais un ensemble d’idées, de représentations, de valeurs plus ou moins conscientes déterminant un type de comportement et de posture dans la vie publique, politique et dans les médias. Il s’est affirmé à travers cinq principaux thèmes particulièrement révélateurs du déplacement de la question sociale vers d’autres préoccupations : le corps et la sexualité ; la nature et l’environnement ; l’éducation des enfants ; la culture et l’histoire ».

Il termine enfin avec le fait que ces projets comportent tous une relecture de notre histoire (prémices d’une dérive vers un totalitarisme) qui, avec le support de l’antiracisme, va noircir le tableau de la société actuelle. Tout en effaçant volontairement des mémoires le fait que le développement de la production, de la science et des techniques a permis la fin du paupérisme et le progrès social.

Arrivé à l’âge de la retraite, Monsieur van Singer va-t-il enfin matérialiser son rêve de Mai 68, sans être passé par le stade adulte ?

Écrit par : rabbit | 20/11/2016

@rabbit Au lieu d'argumenter sur le fond (risques? pénurie? courant sale? coûts?) vous essayez de discréditer mes affirmations par de l'enfumage philoso-politique. Comment expliquez-vous alors que des personnalités de premier plan du centre droite, comme MM. et Mmes Marti, Christen, Challandes, Noser, Hirsch etc et du monde économique, comme MM. Constantin, Bonvin etc soutiennent l'initiative? La réponse est simple : loin de toute considération idéologique, ils sont arrivés à la conclusion que le nucléaire est cher et dangereux, qu'une transition planifiée vers les renouvelables est le meilleur choix pour la Suisse.

Écrit par : Christian van Singer | 20/11/2016

"une transition planifiée vers les renouvelables est le meilleur choix pour la Suisse." Précisément la raison pour laquelle il vaut mieux refuser votre initiative.

Écrit par : Géo | 20/11/2016

"Comment expliquez-vous alors que des personnalités de premier plan du centre droite, comme MM. et Mmes Marti, Christen, Challandes, Noser, Hirsch etc et du monde économique, comme MM. Constantin, Bonvin etc "
La réponse est assez simple : le PLR s'est allié au PS sur le mode : "Je te laisse l'idéologie (école + culture), tu me laisses l'économie". Le PS est devenu un parti d'arrivistes sans scrupules comme autrefois le parti radical de l'époque "il faudrait savoir kicéki commande ici", le parti radical court derrière les socialistes pour devenir les plus progressistes du bal, les plus pro-islamistes ou pro-LGBT.(cf.la Tribune, organe du PLR vaudois). M.Christen a par ailleurs déclaré ouvertement que le PR était un parti de gauche...
Les autres sont des opportunistes, ce qui est la principale caractéristique du PLR. Ce n'est pas pour rien que les gens ont voté Trump, aux States...

Écrit par : Géo | 20/11/2016

Et le centre droite n'existe pas. C'est une option de stratégie marketing lorsqu'on s'engage dans l'action politique sans avoir jamais suivi de cours d'économie politique. Je n'irai pas jusqu'à parler d'amateurisme, mais j'y vois davantage un Business Model. Le vrai choix à faire est dans la dose d'Etat que l'on est prêt à tolérer. Répondre: "ça dépend", n'est rien qu'une arnaque électorale.

Écrit par : rabbit | 20/11/2016

"Le vrai choix à faire est dans la dose d'Etat que l'on est prêt à tolérer" Le nucléaire exige un état fort. Sinon, on a des fumistes genre du japonais Tecpo (?) construisant des digues anti-tsunami de 5m de haut et personne n'y trouve rien à redire. Remplacer l'état par une grande société privée, c'est tomber de Charybde en Scylla. Je ne confierai pas ma sécurité à blackwater...

Écrit par : Géo | 20/11/2016

Vous avez raison M. van Singer
A votre argumentation s'ajoute une autre, que vous ne partagez sans doute pas, mais qui est tout autant juste, et complémentaire :

https://www.letemps.ch/opinions/2016/11/18/nucleaire-produire-perte-nest-liberal

OUI dimanche à la sortie programmée, réfléchie et intelligente du nucléaire

Écrit par : R. Affoltern | 21/11/2016

@R. Affoltern J'ai lu le billet de Rolin Wavre, président d’Ecologie libérale,
et je suis à 100% d'accord avec son analyse. Cordialement C. van Singer

Écrit par : Christian van Singer | 21/11/2016

Quand on veut on peut:
http://csglobe.com/san-diego-become-largest-u-s-city-run-entirely-renewable-energy/

Écrit par : Charles | 22/11/2016

@van Singer
Je suis très heureux que vous partagiez l'analyse de R. Wavre. On ne peut plus juste.

@Charles
Merci, cet exemple est excellent

Et puis, en ce jour, Fukushima devrait inciter à réfléchir. Le Monde de ce matin:

"Un fort séisme dans le nord-est du Japon ravive le souvenir de la catastrophe de 2011

L’épicentre du tremblement de terre, qui a été ressenti jusqu’à Tokyo, était situé au large de Fukushima. L’alerte a été levée après un raz de marée qui a atteint un mètre."

http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/11/21/fort-tremblement-de-terre-dans-le-nord-est-du-japon-alerte-au-tsunami_5035443_3244.html#lRiYWIhupkEzJU6b.99

Écrit par : R. Affoltern | 22/11/2016

Les risques en Suisse sont aussi important que l'attaque au bazooka acheté au terroriste Carlos par le khmer vert Nissim et son pote Bob l'Eponge et qui a servi à tirer contre Creys-Malville !! Bel exemple du sérieux des pastèques !!

Écrit par : Miloslav Leku | 22/11/2016

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