23/03/2011

PANACHES RADIOACTIFS : Quels risques en Europe ?

Notre souci principal reste le Japon, où les populations, après avoir subi une catastrophe naturelle, sont exposées aux retombées de l'accident majeur de Fukushima. Mais, sur demande de très nombreuses personnes, je mets en ligne les informations diffusées par la CRIIRAD (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité). http://www.criirad.org/

Quels sont les risques attendus en Europe?

Au vu du nombre impressionnant de demandes qu’elle a reçues, et plus encore de l’inquiétude exprimée par la plupart des messages, la CRIIRAD a décidé de rédiger un texte d’information destiné à rassurer autant qu’il est possible les personnes qui l’ont interpellée sans pour autant aller au-delà de ce que permettent les données disponibles.

C’est que les données utilisables restent rares. C’est d’autant plus choquant que des résultats d’analyse existent mais qu’ils ne sont pas publiés.

...

PROGRESSION DES MASSES D’AIR CONTAMINE EN DIRECTION DE L’EUROPE

Mécanismes de diminution de la radioactivité de l’air

La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi rejette dans l’atmosphère, depuis 12 jours, tout un cocktail de produits radioactifs. Schématiquement, 3 mécanismes concourent à abaisser les niveaux de contamination et par conséquent les niveaux de risque :

1/ les émissions radioactives sont progressivement diluées dans des volumes d’air de plus en plus importants. Ceci conduit évidemment à une baisse de la concentration de l’air en produits radioactifs (ou plus exactement à une baisse de l’activité de l’air qui s’exprime en Bq/m3). L’air que les populations sont susceptibles de respirer est ainsi de moins en moins radioactif.

Note : ...les niveaux d’exposition sont plus faibles mais un bien plus grand nombre de personnes est touché.

2/ les produits radioactifs présents dans l’air se déposent progressivement au sol, ce qui conduit à appauvrir progressivement le panache et à abaisser d’autant sa dangerosité. Deux mécanismes convergent : les dépôts secs, qui se produisent en permanence, quelles que soient les conditions météorologiques, et les dépôts humides, plus intenses, qui sont provoqués par la pluie ou la neige. En tombant, elles lessivent en effet les masses d’air contaminé, précipitant au sol (ou sur les océans) les particules radioactives en suspension (aérosols) et les gaz solubles (c’est le cas des iodes radioactifs). Il faut espérer à ce propos que les panaches radioactifs restent le plus longtemps possible sur le Pacifique et l’Atlantique où l’impact des retombées est moindre d’un point de vue sanitaire.

3/ l’activité des produits radioactifs diminue dans le temps : pour certains, comme le césium 137 ou le krypton 85, très lentement ; pour d’autres, assez rapidement. Le rythme de décroissance est déterminé par la période radioactive de chaque radionucléide. Celle de l’iode 131 est de 8 jours. Cela signifie qu’en 1 période, soit 8 jours, l’activité initiale est divisée par 2 ; en 2 périodes, soit 16 jours, par 4 ; en 3 périodes, par 8, etc.

NB : la période radioactive ne suffit pas à déterminer le temps pendant lequel un produit radioactif reste dangereux. Il faut également tenir compte de l’activité initiale. Si l’activité initiale de l’iode est de 80 Bq, un mois plus tard, soit après 4 périodes, elle sera divisée par 16. Il ne restera « que » 5 Bq ; mais si l’activité initiale est de 8 000 Bq, un mois plus tard, il reste encore 500 Bq.

L’impact des 3 mécanismes ci-dessus - dilution, dépôts, désintégration - augmente évidemment avec le temps et la distance.

Le passage des panaches radioactifs sur l’Amérique du Nord

En passant par l’océan pacifique, la France est située à près de 15 000 km des côtes japonaises. En utilisant le logiciel HYSPLIT du NOAA américain (http://ready.arl.noaa.gov/HYSPLIT.php), la CRIIRAD a effectué une modélisation des trajectoires des rejets émis à Fukushima. Il s’agit du parcours des produits radioactifs rejetés le 12 mars à 12h TU (soit 21h Japon). Trois trajectoires sont considérées en fonction de l’altitude des radionucléides : 50 mètres, 500 mètres et 1 000 mètres (respectivement en vert, bleu et rouge sur le graphique en pièce jointe). La simulation est basée sur les données météorologiques du 12 mars 12h TU au 21 mars 06h00 TU archivées par le NOAA.

Selon cette modélisation, les premiers rejets radioactifs de la centrale de Fukushima Daiichi devaient atteindre la côte Est des Etats-Unis et du Canada le samedi 12 mars.

Nous avons alors recherché des sites Internet susceptibles de donner des résultats d’analyse ce qui nous aurait permis d’établir un bilan intermédiaire des niveaux de contamination et de risque. En suivant l’évolution des concentrations tout au long de la traversée des Etats-Unis, nous espérions pouvoir anticiper plus précisément l’impact sur la France. Nous avons effectivement trouvé des résultats, notamment auprès de l’Environmental Protection Agency (voir lien page suivante). Malheureusement, ces résultats ne portent pas sur l’activité volumique mais sur les taux d’émission bêta et gamma des dépôts collectés sur des filtres à air. L’évolution dans le temps de ces paramètres montre une augmentation qui est, selon toutes probabilités, liée au passage de masses d’air contaminé, vu sa cohérence avec les dates qui figurent sur les modélisations de trajectoires.

Site d’accès aux données : http://www.epa.gov/japan2011/rert/ra dnet-data.html

Les estimations publiées par l’IRSN

L’IRSN a annoncé qu’en France, l’activité de l’air en césium 137 serait de l’ordre de 1 mBq/m3.

Pour quantifier les rejets, l’IRSN indique qu’il « n’a pas de données de mesure directe sur la composition et l’ampleur des rejets radioactifs, mais dispose d’informations techniques sur les installations accidentées. », précisant : « l’interprétation de ces informations a permis à l’IRSN d’élaborer des scénarios probables de dégradation des 3 réacteurs depuis le 12 mars, en s’assurant de leur cohérence avec les mesures de débit de dose obtenues sur le site. L’IRSN a également retenu l’hypothèse que ces rejets se poursuivent jusqu’au 20 mars. »

A partir des rejets estimés par l’IRSN, Météo France a simulé la dispersion des rejets radioactifs à très grande distance, projetée jusqu’au 26 mars.

Pour visualiser la modélisation : http://www.irsn.fr/FR/popup/Pages/irsn-meteo-france_19mar...

Selon cette simulation, le panache radioactif devrait atteindre la France à partir du 23 ou du 24 mars. L’IRSN précise que « Les concentrations attendues à terme, d’après cette modélisation, pourraient être de l’ordre de 0,001 Bq/m3 en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer de l’hémisphère nord. Comme attendu, l’hémisphère sud n’est pas significativement affecté par cette dispersion à grande échelle. »

Pour accéder aux commentaires :

http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20110319_simulation_dispersion_panache_radioactif.aspx

ESTIMATION DES NIVEAUX DE RISQUE

Sur la base des éléments qu’elle a pu collecter, la CRIIRAD considère que :

· le risque d’irradiation 1 par les masses d’air contaminé sera négligeable (les personnes qui disposent d’un radiamètre ne devraient pas mesurer d’augmentation du bruit de fond ambiant mais nous invitons les personnes qui sont équipées à le vérifier : une mesure vaut mieux qu’une prévision) ;
· le risque associé à l’inhalation des aérosols et halogènes radioactifs présents dans l’air devrait être très faible (voir note)2 . Les calculs de dose précisés ci-dessous indiquent que la mise en oeuvre de contremesures, notamment la prise de comprimés d’iode stable3, n’est pas justifiée.

Nous avons essayé d’estimer les niveaux de dose résultant de l’inhalation des radionucléides dont la présence est documentée : césium 137, césium 134, iode 131, iode 132, iode 133 et tellure 132. Le premier calcul a été conduit pour une activité de 1 mBq/m3 pour le césium 137 (estimation donnée par l’IRSN) et de 125 mBq/m3 pour l’iode 131 (sur la base du rapport isotopique mesuré par TEPCO devant la centrale de Fukushima Daiichi le 19 mars 2011 à 12h - heure locale). Le calcul a été effectué en supposant que les panaches radioactifs restent présents sur la France pendant 1 semaine et sans que leur activité diminue.

Conclusion : une personne (adulte ou enfant) qui respirerait l’air contaminé 7 jours durant, recevrait une dose de rayonnement inférieure à 1 μSv, soit un niveau de dose négligeable ;

En prenant une marge de sécurité par rapport à l’évaluation de l’IRSN (soit 10 mBq/m3 en césium 137 au lieu de 1 mBq/m3), les doses s’élèvent à 2 μSv pour l’adulte et à 8 μSv pour l’enfant.

· le risque d’irradiation des personnes par les produits radioactifs déposés sur les sols sera totalement négligeable, n’induisant aucune augmentation mesurable du bruit de fond ambiant (là encore ceci pourra être facilement vérifié par des mesures radiamétriques) ;

· le risque lié à l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par les retombées radioactives devrait rester limité. Le laboratoire de la CRIIRAD évaluera le plus rapidement possible les quantités de radioactivité déposées au sol (dépôts sec et dépôts liés aux précipitations) afin de vérifier les ordres de grandeurs attendus dans les aliments et de donner, si nécessaire, des conseils adaptés.

En conclusion, le passage des masses d’air contaminé sur la France (et sur la Suisse note cvs) ne doit donc pas générer d’inquiétude. Cependant, compte tenu du manque crucial de données, la CRIIRAD est contrainte de laisser certaines affirmations au conditionnel. Ceci devrait pouvoir être corrigé très rapidement.

Son laboratoire a procédé, dès aujourd’hui, sur plusieurs de ses balises à des prélèvements de filtres à poussières et de filtres à charbon actif afin de vérifier que l’air que l’air que nous respirons n’est pas encore contaminé. Les premiers résultats, qui concernent la balise implantée à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, confirment l’absence de contamination mesurable : pas de césium 137 dans le filtre aérosols, ni d’iode 131 dans la cartouche à charbon actif.

Ces contrôles seront intensifiés dans les jours à venir de façon à confirmer aussi rapidement que possible (et le cas échéant à corriger) les informations rassurantes données ci-dessus.

NOTES

1 Il s’agit de l’exposition des personnes aux rayonnements émis par les produits radioactifs présents dans les panaches et qui se désintègrent. Un peu comme on peut être exposé aux rayonnements ultra-violets émis par le soleil. Il n’y a pas d’incorporation de produits radioactifs ;

2 Sous réserve cependant que les radionucléides significatifs sur le plan dosimétrique, mais qui n’ont pas fait l’objet de mesures, restent dans les rapports attendus. Il s’agit notamment des isotopes du strontium et du plutonium.

3 En revanche, le contexte actuel peut amener chacun à réfléchir à l’équilibre de son régime alimentaire et à vérifier s’il n’est pas carencé en iode (la thyroïde a besoin d’iode stable pour fabriquer les hormones nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme). Rappelons également que lorsque la thyroïde est carencée en iode, elle fixe d’autant plus l’iode radioactif.

Si les conditions météorologiques le permettent, seront également effectuées des analyses d’eau de pluie qui renseigneront sur l’ordre de grandeur des dépôts au sol. Dans tous les cas, il sera procédé à des mesures des dépôts secs afin de vérifier le niveau de risque pour la chaîne alimentaire.

Rappelons que la contamination des aliments type lait, fromage, viande ne s’effectue qu’avec un certain délai : la CRIIRAD disposera d’ici là de données chiffrées et tous les résultats seront rendus publics (envoyés à ses adhérents et partenaires et mis en ligne sur son site Internet).

 

14/03/2011

Chapeau Madame Leuthard, c'est un bon début !

Mme Leuthard suspend les procédures concernant les nouvelles centrales nucléaires. Chapeau !!!

Vous trouverez plus loin le communiqué officiel,

Espérons que maintenant nos autorités arrivent à la conclusion que la sécurité absolue n'existe pas, que personne ne peut garantir qu'aucun imprévu, d'origine naturelle ou humaine, ne provoque un accident majeur dans une de nos centrales.
Il faut tout faire pour améliorer la sécurité des centrales existantes et surtout ne pas en construire de nouvelles!
Aujourd'hui nous savons et pouvons faire mieux. Investir ces dizaines de milliards dans les renouvelables et l'efficacité énergétique. On aura plus d'énergie à disposition, plus de places de travail de qualité en Suisse, sans les risques du nucléaire. Risques pour nous, mais aussi pour nos enfants, nos petits enfants et les générations futures, tant il est vrai que si nous autorisons aujourd'hui la construction de centrales nucléaires, elles seront encore en fonction, sauf accident, à la fin du siècle. Et les déchets menaceront la biosphère pour des millénaires!
Et si certains partis et certains politiciens, renforcés dans leurs convictions pronucléaires par de juteuses places dans des conseils d'administrations ou par des versements aux caisses des partis, continuent à prôner la construction de centrales nucléaires en Suisse, nous espérons que les citoyen-nes sachent dire NON dans les urnes!

 

 

Berne, 14.03.2011 - Lundi matin, à l’issue d’une réunion avec des représentants de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) et de l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), la conseillère fédérale Doris Leuthard a décidé de suspendre les procédures en cours concernant les demandes d'autorisation générale pour les centrales nucléaires de remplacement. L’IFSN a été chargée d’anticiper le réexamen de la sécurité des centrales nucléaires existantes. Un tel réexamen est déjà en cours à la centrale de Mühleberg. Doris Leuthard: « La sécurité a la priorité absolue. »

La cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) reçoit régulièrement des informations des services compétents sur l’évolution au Japon et tient le Conseil fédéral au courant de la situation. La conseillère fédérale Doris Leuthard a reçu aujourd’hui le directeur de l’OFEN Walter Steinmann et le directeur de l’IFSN Hans Wanner, ainsi que d’autres représentants des autorités compétentes. Suite aux derniers développements et aux discussions internes, elle a décidé de suspendre les procédures concernant les trois demandes d'autorisation générale pour les centrales nucléaires de remplacement jusqu’à ce que les normes de sécurité aient été soigneusement réexaminées et, si nécessaire, adaptées.

La conseillère fédérale Doris Leuthard a chargé l’IFSN d’analyser les causes exactes de l’accident survenu au Japon et d’en tirer les conclusions s’agissant de l’élaboration éventuelle de nouvelles normes plus strictes, notamment en matière de sécurité sismique et de refroidissement. Les conclusions de ces examens  devront être prises en compte dans l’évaluation de la situation  pour les centrales existantes ainsi que pour les nouvelles centrales prévues. Les demandes d'autorisation générale pour le remplacement des centrales nucléaires existantes ne pourront être évaluées qu’à la lumière de ces conclusions. Pour la cheffe du DETEC, la « sécurité et le bien-être de la population ont la priorité absolue ».

Les experts de la Confédération sont en contact permanent avec des experts au niveau international, notamment avec ceux de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), de l’OCDE et de l’UE. La conseillère fédérale Doris Leuthard est tenue en permanence au courant de l’évolution au Japon. Elle a chargé l’IFSN de fournir à la population des informations régulières. Selon la dernière évaluation de la situation de l'IFSN, il n'existe toujours aucun danger immédiat pour la population suisse.

 

11/03/2011

Alerte nucléaire au Japon

Terrifiantes les images prises lors du tremblement de terre qui a frappé le Japon.
http://www.youtube.com/watch?v=MJpm52eeKOw&feature=player_embedded

Compassion envers les populations touchées.
Admiration face aux mesures de prévention prises, qui ont pu limiter les conséquences du séïsme...

Puis une question: que se passe-t-il avec les centrales nucléaires?

On voit sur le web qu'actuellement au Japon, 2 centrales nucléaires sont en situation d'urgence et que l'usine de retraitement de Rokkasho fonctionne sur des générateurs de secours.

  • La centrale de Fukushima-1 connaît un problème d'ordre mécanique du système de refroidissement du coeur du réacteur, nécessitant l'évacuation de près de 2000 personnes habitant dans les environs. Les autorités ont renforcé l'état d'urgence nucléaire, et les médias japonais font état d'une fuite radioactive.
  • Le processus de refroidissement du coeur du réacteur de la centrale d'Onagawa ne se déroule pas non plus normalement.

11 réacteurs nucléaires ont été arrêtés en urgence pendant le séisme et l'on ignore s'ils sont refroidis correctement, ce qui est essentiel pour éviter un accident majeur.

On ne sait pas non plus si les 5 centrales près des côtes n'ont pas été atteintes par le tsunami.

Mais, même si le pire a été évité, ce séisme dévastateur nous rappelle que le nucléaire est un colosse aux pieds d'argile.
Et les tremblements de terre n'arrivent pas qu'en extrême-orient. Les centrales nucléaires suisses sont aussi exposées. En 2002, le rapport annuel de l'Agence internationale de l'énergie atomique révélait, entre autres, que la centrale nucléaire de Mühleberg ne résisterait pas à une secousse sismique.

Nos centrales nucléaires ont-elles comblé depuis les lacunes qu'elles présentaient?