11/10/2007

50 ans déjà ! Deux anniversaires passés inaperçus

Tchernobyl fût-elle la première et unique catastrophe nucléaire? Sûrement pas.
Il y a 50 ans, le 29 septembre 1957, quelques 2 millions de curies de divers radioéléments (principalement du strontium 90 et du césium 137) se volatilisent dans l’atmosphère et 18 millions retombent à proximité du site de Tcheliabinsk dans l’Oural, à la suite d’une explosion de déchets entreposés sans suffisamment de précautions autour d’une usine produisant du plutonium militaire. Une région verdoyante et boisée de 1000 Km2 près de Kychtym est contaminée, une zone d’au moins 250 km2 transformée en cimetière. Une trentaine de villages sont rayés de la carte et des dizaines de milliers de paysans évacués à la hâte. Quant aux morts estimés au moins à plusieurs centaines, seuls les militaires soviétiques disposent de données précises...
Vous voulez en savoir plus ? Lisez l’excellent article paru dans le Monde le 26.9.1990 sur :

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tcheliabinsk...
ou encore, ci-dessous, un extrait de " La gueule ouverte - Combat non violent " n°196 du 9.2.1978.

Sellafield3

Quelques jours plus tard, le 10 octobre 1957, c’est en Angleterre, sur le site de Windscale, rebaptisé depuis Sellafield, qu’on frôla la catastrophe et que l’accident ne fût maîtrisé qu’en relâchant dans l’atmosphère un important nuage radioactif. Malgré la destruction à titre préventif de grandes quantités de lait et de légumes contaminés, cet accident causa la mort de dizaines de personnes.

Pour en savoir plus consultez :
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/atome_et_haz...

P.s. Il ne faut pas croire qu’il n’y a pas eu de graves accidents nucléaires ces dernières années. C’est par exemple en Suède à Forsmark, le 26 juillet 2006, qu’on est encore une fois passé très près de la catastrophe nucléaire.
Lisez à ce sujet :
http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=8901


Extrait de " La gueule ouverte - Combat non violent " n°196 du 9 février 1978 :

" [...]
LORSQUE Jaurès Medvedev décrivit « Deux décades de dissidence » en URSS dans un premier article pour le journal Anglais New Scientist, il mentionna au passage deux « accidents » de la technologie ou de la politique russe en matière de recherche. Le premier concernait la mort de dizaines de personnes - dont le chef de centre - autour d’une fusée de lancement d’un satellite vers la lune qu’on avait voulu envoyer coûte que coûte en l’air (malgré un incident technique constaté) pour coïncider avec l’arrivée de Kroutchev à l’ONU à New York en octobre 1960 et rehausser son prestige. Le deuxième concernait l’accident nucléaire survenu fin 1957 [...] à Kyshtym, une ville de l’Oural entre Chelyabinsk et Serdlovsk. Il s’agissait, disait-il, de l’explosion - semblable à l’éruption d’un volcan - d’un dépôt souterrain de déchets radioactifs aménagé auprès des premiers réacteurs militaires installés là. Les déchets ainsi projetés, emportés par le vent, avaient - disait-il - recouvert plus d’un millier de km2 de terres arables, de bois, de lacs, de villages et de petites villes.
Exilé en Angleterre depuis 1972 seulement, Medvedev ne savait pas que cette catastrophe vieille de 20 ans était inconnue en Occident et fut tout étonné de l’intérêt suscité par ses révélations.
Nous verrons plus loin que ce désastre n’était pas inconnu de tout le monde, mais il resta « secret militaire » car il est des choses désagréables de la vie dont il vaut mieux préserver les enfants tant à l’Est qu’à l’Ouest. A l’Est car l’État - comme ici Sa Sainteté notre Pape - inspiré de Marx et de Son prophète Lénine, est infaillible ; et à l’Ouest parce que les gouvernements avaient déjà suffisamment d’emmerdements comme cela avec leurs propres antinucléaires.
Décidément, c’est pas étonnant que Medvedev se soit fait virer d’URSS : un empêcheur de désintégrer en rond on vous dit. C’est en tout cas ce que pensa et dit Sir John Hill, le Directeur de I’UKAEA (le Commissariat à l’Énergie Atomique Anglais), pour qui ces révélations de Medvedev étaient « de la science-fiction », des « bêtises » ou même peut être « un produit d’imagination » : Medvedev est un biochimiste de réputation mondiale - c’est d’ailleurs pour cela qu’il a pu quitter vivant l’URSS - et les propos injurieux, sans l’ombre de preuve scientifique, de J. Hill à son égard ne pouvaient que briser sa carrière en Occident. On remarquera en passant le parallèle entre les méthodes d’un Lyssenko en Russie et celles de Sir John Hill. Mais déjà l’accident de Windscale au nord de l’Angleterre en 1957 qui avait envoyé un nuage radioactif au dessus de Londres et jusqu’au Danemark, avait causé suffisamment de souci à I’UKAEA. S’il s’avérait que ces installations nucléaires foutaient le bordel un peu partout même là où la rentabilité n’est pas un critère contre la sécurité - il n’y aurait bientôt plus assez de tranquillisants et de flics pour calmer les sujets de Sa Majesté. D’où les réactions spontanées et scientifiques de Sir John Hill et de quelques autres savants aux ordres.
Le même coup se reproduira d’ailleurs contre les premiers scientifiques indépendants (allemands, australiens et anglais) qui révélèrent les dangers de la Thalidomide. Heureusement Sir John Hill est un gros bras, et qui plus est, un spécialiste atomiste, un coup sur la tête de ce misérable exile biochimiste - donc pas nucléo-compétent - et le tour sera joué. Mais un mec chiant c’est un mec chiant, et Medvedev décida, seul, à 5 000 km du lieu de l’accident, de prouver ce qu’il avançait. De toutes façons, il n’avait pas le choix, sa réputation était en jeu.
Un biochimiste, ça étudie quoi ? En gros la chimie du vivant : plantes, bêtes ou hommes. En particulier, depuis qu’il y a des molécules dites « marquées » (avec des éléments radioactifs), on peut étudier la circulation des différents éléments chimiques dans les tissus vivants. Futé comme Sherlock Holmes, Medvedev se dit « Si une telle étendue a été contaminée, c’est pas possible que les chercheurs russes n’en profitent pas pour étudier les effets de la radioactivité sur la faune et la flore. D’accord, le KGB veille, mais plusieurs dizaines de chercheurs poussant au cul pour faire publier leurs travaux - et se faire apprécier - ça doit sortir un jour ou l’autre, plus ou moins camouflé, mais ça doit sortir
».
Qui est plus, voilà qu’un autre savant russe, le Pr. Léon Tumerman, ancien chef du labo de biophysique à l’institut de Biologie moléculaire de Moscou, qui avait émigré en Israël en 1972, racontait la même histoire. Tumerman avait visité la région en 1960 et avait vu la zone contaminée devenue zone interdite : tous les villages avaient été rasés pour empêcher le retour des habitants et des panneaux interdisaient aux automobilistes de s’arrêter sur les routes de ce secteur. Néanmoins, ce nouveau témoignage n’était quand même pas suffisant pour convaincre les fabricants occidentaux de centrales nucléaires, Sir John Hill en tête : l’accident pouvait être tout simplement « exagéré ».
Fallait quasiment un témoignage des russes eux-mêmes et c’est ce que Medvedev réussit à obtenir. En épluchant la littérature scientifique russe, il découvrit plus d’une centaine d’articles concernant les effets du strontium 90 et du césium 137 sur l’environnement, les plantes et les animaux [...]. Aucun des articles ne mentionnait le mode de contamination, habituellement ces études sont faites en milieu isolé : dans des serres ou des viviers de laboratoire, ni le lieu de l’expérience - sauf dans un seul article où le nom de Chelyabinsk était mentionné. Rien n’est parfait en ce bas monde, pas même la censure. Cependant, la diversité des sujets étudiés : les sols, les eaux, les plantes terrestres et aquatiques, plus de 200 espèces animales : insectes, oiseaux, poissons, mammifères [Rien que pour le groupe du Dr. A.I. Ilenko : 21 espèces d’oiseaux en 1967-68, des poissons à partir de juin 69, une cinquantaine d’espèces de canards entre 1970 et 72], ainsi que la nature et le taux de contamination permettaient non seulement de repérer la région avec assez de précision, mais de déterminer la date de l’accident (les articles publiés en 1968 mentionnaient une observation sur 10 années, ceux de 1969 sur 11 ans, ceux de 1971 sur 14 ans), le type de l’accident et l’étendue des dégâts.
Déjà, le premier article sur ce sujet : une étude mathématique des variations de la radioactivité au cours du temps dans deux lacs entrophiques (eau non courante) de 4,5 et 11,3 km2. publié en 1966 par F. Rosinsky, aurait dû surprendre les savants occidentaux. Peut-on imaginer la contamination volontaire de deux si grands lacs pour le simple plaisir de confirmer des calculs vaseux ? La contamination des brochets étudiés par Ilenko - certains de 12 à 15 kg, ce qui exige un lac à eau courante de 10 à 20 km2 - impliquait une radioactivité de quelques [...] millions de curies dans le lac. Comme cette radioactivité provenait notamment des eaux de ruissellement de la région environnante, on peut en déduire que celle-ci devait avoir reçu plusieurs [...] millions de curies de strontium 90 et de césium 137.
Le fait que de telles études ne portaient que sur une contamination importante par le strontium 90 et le césium 137 montrait qu’il s’agissait d’une contamination par des déchets de centrale nucléaire. Tout d’abord les soviétiques avaient une zone beaucoup plus septentrionale pour essayer leurs bombes et Kroutchev n’aurait certainement pas toléré qu’on fasse péter une bombe nucléaire dans un endroit habité pour refaire les études américaines d’Hiroshima et de Nagasaki. Il ne pouvait pas s’agir non plus de l’explosion d’une centrale nucléaire en fonctionnement parce que le taux de contamination observé pour le strontium 90 et le césium 137 aurait impliqué une contamination instantanée par d’autres noyaux radioactifs, telle que ces animaux n’auraient jamais survécu pour être étudiés 10 ou 15 ans plus tard.
Comment une telle explosion a-t-elle pu se produire ? D’après Medvedev, l’hypothèse la plus probable est la suivante. A cette époque - encore moins qu’aujourd’hui - on n’extrayait pas 100 % du plutonium des déchets radioactifs pour préparer les bombes A. Les boues résiduelles auraient été simplement jetées dans une fosse bétonnée, sans fond, de manière à ce que les déchets s’écoulent progressivement dans le sol. Malheureusement, on le sait depuis, les différents métaux percolent dans le sol et se stabilisent sur des couches différentes. Il a très bien pu se former une zone où la densité de plutonium était suffisante pour déclencher une réaction en chaîne peut-être accélérée par les eaux de pluie. Les américains auraient eu, paraît-il, un problème analogue - heureusement dans une région sèche et auraient pu recreuser à temps pour récupérer le plutonium.
En tout état de cause, il semblerait que la CIA américaine ait été au courant de quelque chose dès le début. Comme par hasard, l’avion espion U 2 de Powers, abattu par les Russes le 1er mai 1960, est tombé à quelques kilomètres de Sverdlovsk. Depuis les révélations de Medvedev, un groupe antinucléaire US derrière Ralph Nader a obligé la CIA - par la loi sur la liberté de l’information - à publier ce qu’elle savait là-dessus. Ce que la CIA a fait mais en partie seulement. Il y aurait eu, selon la CIA, deux accidents un au printemps 1958, l’autre en 60 ou 61. C’est peu comme information, et c’est peut être un accident de trop.
Y a-t-il eu des études comparables à celles sur les plantes et les animaux publiées relatives aux être humains ? Medvedev répond non. En URSS la radioprotection - comme le reste - est sous le contrôle du KGB. Cependant, deux personnes de la région, émigrées maintenant en Israël, confirment «
Plusieurs milliers de victimes encombraient les hôpitaux des alentours », une autre qui avait vécu dans la région dix ans après la catastrophe : « Devenue enceinte, on me conseilla d’avorter, ce que je fis ». [...]
Il est [aussi] prouvé qu’en 1969 au moins le CEA français était au courant de cet accident*. Non seulement il s’est bien gardé de nous en faire part, mais de plus on peut se demander si l’incrédulité affichée par Mme Vigne de l’EDF - ou même Sir John Hill de I’UKAEA - est une preuve de franche bêtise... ou d’une malhonnêteté non moins stupide.

 

14:09 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Ne pensez-vous pas que les premières catastrophes nucléaires sont celles de 1945 ! Et les plus graves: Elles étaient planifiées et donnent des idées à d'autres "fous" qui rêvent de solutions radicales.

Écrit par : L'anar de droite | 14/10/2007

Monsieur,
Je sais que vous avez de la peine à comprendre les subtilités de cette communauté de blog et que vous détestez les gens qui se cachent sous un pseudonyme. Vous l'avez dit très clairement (à moi et à d'autres) lors de notre rencontre au marché, mercredi dernier: Après que je me sois présenté sous mon pseudo, vous avez même dit: Je te serre quand même la main!
Mais, quelques secondes plus tard, après que je vous aie indiqué que mon nom figurait en toute lettres sur mon blog, vous avez admis le connaître, que vous l'aviez effectivement retrouvé sur ce site.
Alors! Existe-t-il de petites et de grandes malhonnêtetés ? Les votres sont les toutes petites, celles de Sir John Hill les grandes? Peut-être!
Mais il n'en reste pas moins que les deux sont des malhonnêtetés.
Dommage que quelqu'un qui défende des causes sérieuses, en arrive à des "bêtises" pareilles parce qu'il n'est plus un défenseur de justes causes, mais un politicien comme tous les autres, qui utilisent les mêmes ficelles que tous les autres: les omissions, les approximations, le mensonges. Comme ceux que vous critiquez!

Signé: Jean-Claude Bouille, alias l'anar de droite

PS: Maintenant que je ne suis VRAIMENT plus caché derrière un pseudo, est-ce que je peux attendre une réponse à ma question précédente?
PSS: Par, contre je ne vais jamais mettre ma "bouille" sur la présentation de ma personne, j'ai le culte dela personalité aussi en horreur que vous les anonymes, même les faux anonymes.

Écrit par : L'anar de droite | 20/10/2007

Bonjour Monsieur Jean-Claude Bouille, alias l'anar de droite.
Dommage que vous mettiez en doute mon honnêteté parce que j'ai eu la franchise de vous dire au marché, que suite à votre dernier commentaire j'avais cherché et trouvé votre identité...
Mais venons-en au fond de votre question :
Oui, vous avez raison, les premières catastrophes nucléaires ont été celles de Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945.
J'aurais dû commencer ma note par : Tchernobyl fût-elle la première et unique catastrophe nucléaire civile?
Vous avez aussi raison quand vous affirmez que je suis moins rompu que vous aux subtilités de la communauté de blog. J'y consacre surement moins de temps et d'énergie que vous, c'est une question de choix et de disponibilité. Et je préfère réserver ce temps pour débattre de problèmes de fond et non pour répondre à des procès d'intentions ou à des remarques sur ma vanité, ma malhonnêteté ou d'autres qualités ou défauts qu'un blogueur m'attribue.

Écrit par : Christian van Singer | 20/10/2007

Merci pour votre réponse! Pour le reste, vous biaisez quelque peu la vérité. Mais passons! Je vous laisse à vos problèmes de fond !
... Et bonne chance pour les élections sous la coupole.

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 21/10/2007

Je vous ai répondu en utilisant le second pseudo pour que vous ne puissiez me reprocher me "cacher"derrière Bla-Blo-gueur qui, normalement, est utilisé pour des "satires" autres que plitiques.
La satire n'est pas soluble dans la componction, un peu comme l'humour qui n'est pas "la tasse de thé" de notre Présidente de la Confédération.

Écrit par : L'anar de droite | 21/10/2007

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